Jubilé de 70 ans de profession de Soeur Maria-Pia Bahuau, 15 mars 2025, samedi de la première semaine de Carême 2025. Homélie du Très Révérend Père Dom Dupont, Abbé émérite de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en notre communauté Sainte-Françoise-Romaine à Paris.
« Tu seras un peuple consacré au Seigneur ton Dieu, ».
La liturgie ne pouvait choisir meilleures lectures pour cette célébration jubilaire. Le Seigneur Dieu nous a consacrés au jour de notre baptême ; sur cette consécration, il a daigné en greffer une nouvelle par la profession des conseils évangéliques et cela, pour vous, il y a 70 ans.
Par la consécration, Dieu nous fait entrer dans son domaine sacré, dans sa famille ; tout comme une église consacrée ne peut servir qu’au culte de Dieu, en particulier dans la liturgie, une personne consacrée fait partie du domaine réservé de Dieu ; nous ne pouvons désormais profaner le temple de l’Esprit que nous sommes par des activités contraires au dessein divin et au message de l’Évangile. Quant à vous, durant ces longues années, vous êtes demeurée fidèle à l’appel du Seigneur et à vos vœux, au service de vos sœurs et des pauvres.
Le choix de Dieu nous a sanctifiés par l’effusion du sang du Christ, son Fils. Cet amour de prédilection nous touche et nous émeut toujours ; nous avons donc devoir d’y répondre par notre pauvre amour, heureusement surélevé par l’action de l’Esprit Saint, l’Amour incréé. Le Seigneur nous a enseigné que cet amour nous donne l’obligation d’observer ses commandements, d’obéir à Dieu ; obligation n’est pas le mot qui convient, puisqu’il connote un devoir bien plus qu’un désir de communion, d’union parfaite, de joie mutuelle.
Obéir commence par le fait d’écouter, d’incliner l’oreille, comme l’a bien compris saint Benoît : écouter les préceptes du maître, écouter ce que l’Esprit dit aux Églises et à notre cœur ; écouter pour pratiquer, accomplir efficacement. C’est ce que vous n’avez cessé de désirer et de faire ; votre ancienne surdité vous rendait même sans doute plus attentive à cette discrète voix intérieure ; votre cœur était plus vigilant grâce à votre assiduité à la lectio divina, à la prière et vous avez su discerner la présence de Dieu dans les pauvres, comme dans les sœurs, ainsi que le rappellent encore saint Benoît et votre père fondateur. La Sainte Règle nous exhorte à écouter… et à courir ; à votre âge, courir est plus difficile, mais votre esprit sait encore s’élancer sur la voie des commandements de Dieu, et ces commandements se résument toujours dans un seul, celui de l’amour.
Et l’évangile vient de nous rappeler que la perfection de l’amour se résume dans l’amour des ennemis : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux » . Oui, le Seigneur ne nous appelle pas à des demi-mesures, il ne se contente pas de médiocrité, il demande tout et jusqu’au bout, il ne se moque pas de nous lorsqu’il nous demande d’être parfait à l’exemple de son Père : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » ; perfection, qui selon saint Luc, consiste précisément dans la miséricorde : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
Vie consacrée et perfection de la charité
Dieu merci, nous n’avons pas d’ennemis dans la vie religieuse, mais nous devons pourtant être constamment attentifs à pratiquer la charité parfaite, à exercer la miséricorde envers tous, à pardonner à longueur de journée. Durant votre longue vie religieuse, vous avez eu maintes et maintes fois l’occasion de mettre en œuvre cette perfection de la charité.
Ce n’est pas sans motif que le Concile a précisément intitulé le décret sur la vie religieuse du nom de Perfectæ caritatis, insistant sur la recherche régulière et la pratique continuelle de cette charité parfaite. Saint Benoît nous assure encore que cette application, jusque dans le support patient des épreuves et le service empressé du prochain, nous fera parvenir aux sommets de doctrine et de vertu pour connaître enfin la gloire de la vie éternelle. C’est aussi ce que le Seigneur nous annonçait dans le livre du Deutéronome : « Tu devras garder tous ses commandements. Il te fera dépasser en prestige, renommée et gloire toutes les nations qu’il a faites ». La gloire nous attend, et nous en faisons déjà une première et discrète expérience dans chacun de nos journées. Vous pouvez en rendre grâces avec Notre Dame, et permettez-nous de nous associer à votre gratitude.


